Microsoft pousse Copilot autant que possible, mais l'audience web n'est pas eu rendez-vous
Copilot devait incarner la riposte de Microsoft à la banalisation des assistants conversationnels. Un an après son déploiement massif, il est, de fait, « partout » : sur le web, dans Microsoft Edge, intégré à Windows 11, et désormais présent jusque dans certaines offres grand public de Microsoft 365. Pourtant, les premiers indicateurs publics d’audience – largement centrés sur le trafic web – dessinent un constat très clair : l’omniprésence ne se convertit pas automatiquement en usage durable.
Il faut dire que les attentes étaient élevées. Dès que la « machine » Microsoft se met en marche tout le monde l’attend au tournant.
Mais derrière ce simple débat d’audience, l’enjeu est double. D’une part, Microsoft doit démontrer que Copilot s’installe réellement dans les habitudes du grand public, au-delà de la simple présence par défaut. D’autre part, l’entreprise doit clarifier ce que mesurent les indicateurs d’adoption dans un marché où une part croissante des usages passe par des intégrations (système d’exploitation, navigateur, suite bureautique), donc hors des métriques traditionnelles de « visites web ». Sur ce point, les sources disponibles invitent à distinguer la visibilité, l’essai, puis la rétention.
Des chiffres web qui interrogent
Le signal le plus commenté est celui des parts de trafic web observées par Similarweb. Dans le rapport « Global AI Tracker » (données se terminant le 2 janvier 2026), Copilot représenterait environ 1,1 % des visites parmi les principaux assistants IA sur le web, contre 1,5 % en janvier 2025. On est proche de l’épaisseur du trait. Microsoft malgré sa présence hégémonique n’arrive qu’à un maigre 1,1% !
Dans la même photographie, ChatGPT reste très largement leader (64,5 %), tandis que Google Gemini progresse fortement (21,5 %). Ces chiffres sont repris et commentés par plusieurs médias, notamment Windows Latest et Siècle Digital :
– Similarweb (PDF) : https://www.similarweb.com/corp/wp-content/uploads/2026/01/attachment-Global-AI-Tracker-6.pdf
– Windows Latest : https://www.windowslatest.com/2026/01/09/is-microsoft-losing-the-ai-race-copilot-web-is-still-stuck-at-1-market-share-we-dont-know-how-popular-it-is-on-windows-11/
– Siècle Digital : https://siecledigital.fr/2026/01/13/copilot-a-la-traine-qui-utilise-vraiment-lia-de-microsoft/
Au passage gardons en tête que le marché est très dynamique. Certes la part de marché relative de ChatGPT est en baisse, mais comme le marché augmente l’utilisation progresse : OpenAi gagne chaque mois des utilisateurs. Et notons qu’il est bon de voir un challenger venir bousculer la position d’OpenAI ce jeu de la concurrence profite aux utilisateurs.
Mais pour moi, le point le plus instructif n’est pas seulement le niveau, mais la dynamique. Windows Latest met en avant un recul de Copilot sur l’indicateur de trafic web en décembre 2025, avec une baisse de 19 % sur la fenêtre de mesure évoquée, quand Gemini progresse fortement sur la même période. Dit « diplomatiquement » , Copilot dispose d’une distribution exceptionnelle, mais échoue à transformer cette présence en réflexe de consultation sur le web. Et comme je l’ai précisé vu que le marché gagne en taille cette baisse de près de 20% est clairement un mauvais signe.
Mesurer l’adoption quand l’IA s’intègre partout
Ces chiffres sont utiles, mais ils ne répondent pas à une question clé : Copilot est-il réellement peu utilisé, ou simplement mal mesuré ? Similarweb précise que ses métriques portent sur des visites au niveau des domaines web et ne capturent pas l’usage via API ni certaines intégrations logicielles. Or Copilot est précisément conçu comme une couche d’assistance disséminée dans Windows, Edge et Microsoft 365, plutôt que comme un « site unique » : https://www.similarweb.com/corp/wp-content/uploads/2026/01/attachment-Global-AI-Tracker-6.pdf
Windows Latest insiste sur la même limite méthodologique : conclure sur la popularité réelle de Copilot dans Windows 11 à partir des seules visites web reste fragile. Dans ce contexte, l’audience web doit clairement sous-estimer l’usage « intégré ». Mais cela étant, il faut noter cette réalité : Copilot n’est pas encore une destination web dominante, contrairement à ChatGPT ou Gemini.
Un dernier élément mérite prudence : la saisonnalité. Nous ne sommes pas les seuls en France à prendre des congés d’hiver. Les reprises du tracker Similarweb évoquent un effet « vacances d’hiver » susceptible de peser sur les volumes de visites, ce qui rend les variations de court terme difficiles à surinterpréter :
– Search Engine Journal : https://www.searchenginejournal.com/google-gemini-gains-share-as-chatgpt-declines-in-similarweb-data/564690/
– Blog du Modérateur : https://www.blogdumoderateur.com/trafic-gemini-bond-chatgpt-ralentit/
L’effet « par défaut » : levier d’essai, pas garantie d’usage
L’installation par défaut réduit la friction et favorise l’essai. Elle place Copilot « à portée de clic » sur un grand nombre de postes, y compris auprès d’utilisateurs qui n’auraient jamais installé spontanément un assistant tiers. Mais cette distribution a une contrepartie : elle ne crée pas, à elle seule, la préférence. En pratique, une fonctionnalité préinstallée peut être ignorée, contournée, ou testée une fois « pour voir », sans devenir un outil du quotidien.
Les comparaisons d’avis sur le Microsoft Store illustrent bien ce biais. Siècle Digital indique que l’application Copilot cumule plus de 70 000 avis, contre un peu plus de 2 000 pour l’application ChatGPT, tout en rappelant que l’installation par défaut de Copilot fausse largement l’interprétation : https://siecledigital.fr/2026/01/13/copilot-a-la-traine-qui-utilise-vraiment-lia-de-microsoft/
Le volume de retours peut refléter une présence massive… autant qu’un usage réel. Il peut aussi traduire une forme de « contact imposé » : on commente parfois ce qui est là, même si l’on ne l’a pas choisi.
Note de terrain : l’icône n’est pas une consigne
Sur ce point, je souhaite ajouter une observation personnelle issue de mes formations, car elle éclaire, de manière très concrète, la difficulté de conversion entre visibilité et usage. Je rencontre régulièrement des stagiaires qui ont bien repéré l’icône Copilot sur leur barre des tâches. Certains l’ont ouverte par curiosité. Mais, dans la grande majorité des cas, ils ne sont pas passés à l’usage. La raison qu’ils formulent est simple : ils n’ont reçu aucune information directive, ni message clair de leur organisation, ni démonstration rapide, ni formation – même courte – sur ce que Copilot peut apporter dans leurs tâches. L’outil est visible, mais il n’est pas « cadré ». Fort heureusement une fois la formation lancée l’usage suit et le taux d’adoption grimpe en flèche.
Mais ce retour de terrain souligne, je le crois, ce qu’est un mécanisme classique d’adoption : la disponibilité ne suffit pas ! L’usage s’installe lorsque trois conditions minimales sont réunies. D’abord, une explication même courte : « à quoi cela sert dans mon contexte ». Et de nos jours diffuser une telle information est tout de même rendue facile par les moyens multimédia existants. Ensuite, il faut diffuser deux ou trois cas d’usage immédiatement utiles (rédiger un compte rendu, reformuler un message, préparer une trame). Et puis enfin, il faut surtout diffuser quelques règles simples de conformité et de prudence (ce que je peux y mettre, ce que je dois éviter, comment vérifier et valider). Sans ces repères, Copilot devient un bouton de plus, visible mais non prioritaire, donc rapidement oublié.
Copilot se joue moins sur le web que dans les flux de travail
La stratégie Microsoft suggère d’ailleurs que l’objectif n’est pas uniquement de gagner une bataille d’audience web. Reuters rapporte qu’à partir de janvier 2025, Microsoft a inclus Copilot dans Microsoft 365 pour les consommateurs, avec des offres « avec » ou « sans » Copilot, une hausse de prix (aux États-Unis) et un système de crédits mensuels plafonnant l’usage. Reuters mentionne aussi des mécanismes de désactivation dans certains contextes (par exemple, examens) et l’engagement que les prompts des utilisateurs ne seront pas utilisés pour entraîner les modèles : https://www.reuters.com/technology/microsoft-now-include-copilot-microsoft-365-consumers-2025-01-16/
Sur ce sujet essentiel, Microsoft publie un billet détaillant des engagements de confidentialité autour de Copilot dans Microsoft 365 : https://www.microsoft.com/en-us/microsoft-365/blog/2025/01/16/copilot-is-now-included-in-microsoft-365-personal-and-family/
Cette logique change le prisme : la valeur perçue dépend moins d’une visite sur un « site Copilot » que de la capacité de Copilot à s’insérer au bon moment, dans Word, Outlook, PowerPoint ou Excel, avec un bénéfice tangible. Mais encore faut-il être au courant que face à une formule récalcitrante sous Excel on peut avoir une aide efficace de Copilot ! Notons qu’en contrepartie, cela complexifie la lecture publique de l’adoption, car l’usage se disperse dans des environnements où les métriques ne sont ni publiques, ni homogènes. Et de nos jours si on ne publie pas un unique KPI simple et compréhensibles par tous on devient quasiment invisible !
Ce que Microsoft sait déjà sur les usages
Chose intéressante, Microsoft apporte un éclairage complémentaire avec ses propres travaux. En décembre 2025, « It’s About Time: The Copilot Usage Report 2025 » indique avoir analysé un échantillon de 37,5 millions de conversations « dé-identifiées » entre janvier et septembre 2025. Le préprint associé précise un échantillonnage d’environ 144 000 conversations par jour sur la période, en excluant le trafic « enterprise » et « education ». Le rapport met en évidence des différences nettes selon le support : sur mobile, les sujets de santé dominent ; sur desktop, les thèmes liés au travail et à la technologie ressortent davantage pendant les heures de bureau :
– Microsoft AI (article) : https://microsoft.ai/news/its-about-time-the-copilot-usage-report-2025/
– Microsoft AI (préprint PDF) : https://microsoft.ai/wp-content/uploads/2025/12/What_people_do_with_Copilot-8.pdf
Ce point est pour moi important : il confirme qu’il existe des usages, mais qu’ils ne se traduisent pas forcément par une audience web comparable à celle des leaders. Autrement dit, Copilot peut être « utilisé » sans devenir une destination web dominante. Tant pis pour le fameux KPI.
Windows 11 : accélérateur, mais base installée incomplète
Sur Windows 11, Microsoft continue à chercher à enrichir l’expérience, notamment via des interactions plus naturelles (voix) et plus contextuelles, avec des fonctionnalités comme « Hey, Copilot » et « Copilot Vision » :
– Associated Press : https://apnews.com/article/microsoft-windows-10-11-copilot-ai-8fbfc66b59c1ee9d15e0af856d29f52d
– Windows Experience Blog : https://blogs.windows.com/windowsexperience/2025/10/16/making-every-windows-11-pc-an-ai-pc/
Mais l’adoption dépend aussi d’un facteur structurel : la base installée de Windows 11. The Verge rapporte, d’après Dell, qu’environ 500 millions de PC capables de passer à Windows 11 ne l’auraient pas fait, et qu’un volume comparable ne pourrait pas effectuer la mise à niveau en raison des exigences matérielles : https://www.theverge.com/news/831364/dell-windows-11-upgrade-numbers-earnings-call-q3-2025
Conclusion : l’omniprésence ne remplace pas la préférence
Copilot illustre une règle de fond : la distribution crée l’opportunité, mais l’usage se gagne par la clarté, la valeur perçue et l’accompagnement. Sur un sujet « sensible » comme l’IA avec nombre de peurs qui restent dans l’ombre l’accompagnement est fondamental. Ajouter une icône ne suffit absolument pas. Certains ayant peur que l’IA prenne leur job, d’autres que l’IA détruise la planète il y a un gros travail d’information, de sensibilisation préalable. Et gardons en tête – pour la France – que moins de 20% de nos entreprises ont mis en place une charte IA. Avec une communication quasi inexistante sur le sujet l’icône seule ne suffit pas.
On peut noter que les chiffres web (visites de domaines) suggèrent une audience extrêmement faible pour Copilot en ce début janvier 2026, malgré une présence massive dans l’écosystème Microsoft. Dans le même temps, les limites de ces métriques invitent à la prudence, car une part de l’usage se déroule hors du web, dans des intégrations.
Mon retour de formation converge avec ce diagnostic : comme je l’ai dit avoir une icône de plus ne suffit pas. Sans information directive, sans cas d’usage concrets, et sans repères de conformité, l’utilisateur n’active pas son propre « droit à l’essai ». Du moins pas en masse. Pour Microsoft, comme pour les organisations qui déploient Copilot, la priorité n’est donc pas seulement d’installer, mais de faire comprendre. C’est à ce prix que l’installation par défaut pourra se transformer en préférence durable. Et cela passe par des actions de sensibilisation et de formation qui s’avèrent être la clé pour lancer une adoption digne de ce nom.
Sources et liens
– Siècle Digital (13 janvier 2026) : https://siecledigital.fr/2026/01/13/copilot-a-la-traine-qui-utilise-vraiment-lia-de-microsoft/
– Windows Latest (9 janvier 2026) : https://www.windowslatest.com/2026/01/09/is-microsoft-losing-the-ai-race-copilot-web-is-still-stuck-at-1-market-share-we-dont-know-how-popular-it-is-on-windows-11/
– Similarweb, Global AI Tracker (janvier 2026, PDF) : https://www.similarweb.com/corp/wp-content/uploads/2026/01/attachment-Global-AI-Tracker-6.pdf
– Search Engine Journal (8 janvier 2026) : https://www.searchenginejournal.com/google-gemini-gains-share-as-chatgpt-declines-in-similarweb-data/564690/
– Blog du Modérateur (9 janvier 2026) : https://www.blogdumoderateur.com/trafic-gemini-bond-chatgpt-ralentit/
– Microsoft AI (10 décembre 2025) : https://microsoft.ai/news/its-about-time-the-copilot-usage-report-2025/
– Microsoft AI (préprint PDF, décembre 2025) : https://microsoft.ai/wp-content/uploads/2025/12/What_people_do_with_Copilot-8.pdf
– Reuters (16 janvier 2025) : https://www.reuters.com/technology/microsoft-now-include-copilot-microsoft-365-consumers-2025-01-16/
– Microsoft 365 Blog (16 janvier 2025) : https://www.microsoft.com/en-us/microsoft-365/blog/2025/01/16/copilot-is-now-included-in-microsoft-365-personal-and-family/
– Associated Press (Copilot sur Windows 11) : https://apnews.com/article/microsoft-windows-10-11-copilot-ai-8fbfc66b59c1ee9d15e0af856d29f52d
– Windows Experience Blog (16 octobre 2025) : https://blogs.windows.com/windowsexperience/2025/10/16/making-every-windows-11-pc-an-ai-pc/
– The Verge (Dell, migration Windows 11) : https://www.theverge.com/news/831364/dell-windows-11-upgrade-numbers-earnings-call-q3-2025
FAQ
1. Pourquoi Copilot a-t-il une audience web plus faible que ChatGPT ?
Copilot est souvent utilisé via des intégrations (Windows 11, Edge, Microsoft 365) plutôt que comme une destination web. Les métriques de trafic web sous-estiment donc une partie des usages.
2. Les chiffres Similarweb mesurent-ils l’usage total de Copilot ?
Non. Similarweb mesure surtout des visites de sites web (au niveau des domaines). Cela ne capture pas l’usage via applications, API ou intégrations natives dans l’OS et la suite bureautique.
3. L’installation par défaut suffit-elle à créer l’adoption ?
Pas nécessairement. La présence facilite l’essai, mais l’usage durable dépend de la valeur perçue, de cas d’usage concrets et d’un minimum d’accompagnement (information, démonstration, règles de bon usage).
4. Que peut faire une organisation pour accélérer l’usage de Copilot ?
Clarifier les cas d’usage prioritaires, définir des règles simples (confidentialité, vérification), former rapidement sur des scénarios concrets et mesurer la rétention, pas seulement l’activation.
Cet article s’appuie sur une idée originale personnelle et a été élaboré avec l’aide d’une IA générative pour la recherche d’information et la structuration du texte ; je conserve la main sur l’analyse, la sélection des contenus et j’assure la relecture finale.